À St Andrews, le stage de golf que j’avais idéalisé depuis quinze ans m’a recadré

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À St Andrews, sur le tee du 7e de l'Old Course, le vent m'a frappé de côté. Ma balle est partie propre, puis a glissé devant le Swilcan Bridge et le clubhouse gris. Je suis parti de Mulhouse avec ce stage en tête depuis quinze ans, et ce coup a cassé mon idée du golf en un instant.

Je suis arrivé avec mes rêves et mes fausses certitudes

Je suis parti avec 700 £ dans la poche, quatre jours devant moi, et un index stable autour de 18. En tant que rédacteur du magazine Gsl Sejours, j'avais rempli mon carnet avant même le voyage. J'étais sûr de moi, et j'ai été convaincu que le stage tournerait autour du swing pur.

Pendant quinze ans, j'avais imaginé un stage presque scolaire. Je voyais un pro qui décortique l'angle de face, la vitesse de tête, et la répétition du geste. J'espérais repartir avec un swing plus propre, presque lissé, comme si la magie du lieu allait faire le reste.

Avant de partir, j'avais lu des récits très polis sur St Andrews. Ils parlaient du nom mythique, des photos, et de la façade du clubhouse. Moi, j'avais surtout retenu peu de choses sur le vent, le sol dur, et la manière dont le terrain te répond sans prévenir.

Le trajet depuis Mulhouse, Haut-Rhin (68), m'a mis dans l'ambiance avant même le premier départ. J'avais glissé un gant de rechange et un coupe-vent plus épais dans le sac. Le premier soir, je me suis retrouvé devant les vieux bunkers, et j'ai compris que je m'étais trompé de combat.

Le décor me fascinait, mais je l'abordais encore comme un golfeur de parcours classique. Je pensais en termes de face de club et de ligne idéale. Je n'avais pas encore compris que, là-bas, le terrain prend la parole en premier.

Les premiers jours, le choc du vent et du terrain ferme m'a mis à l'épreuve

Sur le practice, le vent soufflait à 25 km/h et ma balle sortait plus basse que prévu. Le gazon ras, dur sous les pointes, donnait une sensation de contact sec, presque métallique. Le premier rebond sec de la balle sur ce gazon dur m’a fait comprendre que le swing parfait ne suffirait pas ici.

J'ai fini par sentir le bounce du club dans la semelle. Avec un fer moyen, la tête claquait puis sautait presque, et la balle filait plus loin que prévu. J'ai été frappé par ce petit décalage, car un coup moyen restait en jeu alors qu'une attaque trop haute s'échappait au-delà.

Le premier parcours m'a puni dès le deuxième trou. Une balle bien centrée a pris deux rebonds sur le sol ferme, puis a disparu d'un coup dans la fescue jaune. J'ai tenté un wedge trop haut sur l'approche suivante, et la balle a dépassé le green de 15 mètres.

J'ai aussi découvert les greens ondulés et rapides sans mode d'emploi. Un putt de 2 mètres qui me semblait simple a fini en 3-putt, à cause d'un plateau que je n'avais pas lu. La ligne paraissait plate, mais la pente cachée m'a fait perdre le rythme dès le premier impact.

Le pire venait quand je regardais le départ de balle. Sous le vent de travers, la trajectoire avait un léger flottement, comme si elle hésitait avant de se décider. Après 9 trous, l'humidité marine a refroidi mes mains, et le grip est devenu moins rassurant.

Je me suis retrouvé à serrer trop fort entre deux coups. Le gant mouillé ne me donnait plus la même tenue. J'ai galéré à garder le même tempo, et mon swing s'est mis à forcer au lieu de se laisser faire.

Le contraste entre la pelouse verte et les bandes jaunes de fescue m'a aussi sauté aux yeux. De loin, tout semblait jouable. De près, la balle disparaissait visuellement d'un coup, et je perdais déjà l'angle de sortie avant même de jouer.

Le jour où j'ai vraiment compris que le links, c'est un jeu d'échecs avec le vent et le sol

Le vrai basculement est venu sur une approche face au vent. J'ai vu la balle filer non pas vers le drapeau, mais vers la zone où le vent la porterait, et c’est là que le vrai coup commence. Mon instinct voulait lever la balle, mais le terrain m'a forcé à jouer bas, vers un grand carré de jeu.

Le coach m'a demandé de viser la retombée, pas le trou. Sur un par 4 court, j'ai pris un fer 7 au lieu d'un wedge, et la balle a roulé 25 mètres avant de s'arrêter vraiment. Je l'avais trouvée presque trop simple à jouer, mais le résultat était bien plus propre.

Quand j'ai raté la zone, je suis tombé dans un bunker revêtu. La lèvre était raide, presque verticale, et la face ouverte ne pardonnait rien. J'ai mesuré du regard la hauteur du bord avant de comprendre que ma sortie allait me coûter un coup .

C'est là que j'ai lâché mon envie de jouer le drapeau à chaque fois. J'ai commencé à penser en zones larges, en rebond, en roulé. Le jeu bas m'a paru moins spectaculaire, mais beaucoup plus logique sur ce sol ferme.

Ce que je sais maintenant et que j'ignorais avant de poser mes pieds sur les links

Mon travail de rédacteur du magazine m'a appris que certains lieux te parlent plus vite que les mots. Ici, le terrain répond à chaque rebond. J'avais cru venir travailler le geste, et j'ai fini par travailler la décision.

Je sais maintenant que le links se joue sur trois choses. La hauteur de balle, le point de chute, et la roulade après le premier contact commandent presque tout. Le vent de 20 à 30 km/h change un fer 6 en club de secours, et je l'ai payé dès la première sortie.

J'aurais dû arriver plus humble. J'ai voulu attaquer les drapeaux trop vite, et j'ai laissé mon driver parler par habitude sur deux départs exposés. À chaque fois, la balle a fini dans une mauvaise zone de retombée, et je suis reparti avec un angle d'attaque pénible.

Je ne sais pas si ce que j'ai vécu se transpose à un parkland ou à un parcours en intérieur. Là-bas, la marge est plus grande, et le terrain pardonne davantage. Ici, le contraste entre la pelouse verte et les fescues jaunes m'a rappelé que le moindre écart se voit tout de suite.

Pour un réglage plus fin du swing, je me suis arrêté aux corrections du coach sur place. Je n'aurais pas prétendu aller plus loin que ses consignes. Ce stage m'a surtout appris à regarder le sol avant de regarder le drapeau.

Quand mes deux enfants désormais adultes me parlent de sport, je pense à ce que j'ai vécu là-bas. J'avais voulu un décor mythique, et j'ai trouvé une leçon de mesure. Le lieu m'a recadré sans hausser la voix.

Mon bilan, ce que je referais et pour qui ce stage compte vraiment

Je suis rentré à Mulhouse avec le carnet plein de traces de pas et de notes courtes. Le stage durait 4 jours, avec du practice, du petit jeu et une sortie sur les links. Cette alternance m'a marqué plus que les photos du Swilcan Bridge.

Je referais sans hésiter le travail sur le petit jeu et la lecture du vent. Je ne referais pas l'erreur de compter sur un swing plus haut pour régler un terrain ferme. Quand je repense à ce fer 7 qui a roulé 25 mètres, je comprends mieux ce que le lieu m'a imposé.

Si on accepte de marcher longtemps, de jouer avec un vent à 25 km/h et de laisser le score passer après le ressenti du terrain, ce stage a du sens. Si on vient seulement pour le décor, il risque de laisser un goût de frustration. Moi, j'en garde une image nette, celle du 7e trou de St Andrews et du vent qui tournait sans prévenir.

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