Une gourde filtrante sur le trek de l’Atlas, ça vaut le coup ou pas ?

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Ma gourde filtrante était gelée au bivouac de Tizi n’Tamatert, et le goulot collait à mes doigts dans la tente. Honnêtement, j’ai rempli la veille à une source claire, parce que je voulais boire vite, sans bouillir ni attendre. Le matin, j’ai ouvert la housse avec un doute net sur le filtre après la nuit à 2500 mètres.

Comment j’ai testé la gourde dans ces conditions extrêmes d’altitude et de froid

Je suis parti pour 21 jours dans l’Atlas, avec une altitude moyenne autour de 2500 mètres. Les nuits tournaient autour de 0°C, et j’ai noté deux réveils à -2°C, sous une toile qui craquait au lever. Je remplissais la gourde dans des oueds, puis dans des sources stagnantes, selon l’étape et la pente. Quand l’eau était claire, je pouvais boire tout de suite, sans sortir le réchaud, et c’était exactement ce que je cherchais.

J’ai testé une Katadyn BeFree de 1 litre, une cartouche à fibres creuses, vendue 47 euros dans mon cas. Sur ma balance, l’ensemble affichait 63 grammes, et le débit annoncé sur l’emballage était rapide, mais je voulais voir ce que ça donnait sur le terrain. J’ai utilisé un chronomètre, un thermomètre de poche et mes yeux, rien d’autre. J’ai mesuré la pression au pressage, l’aspect de l’eau et la vitesse de remplissage sur des volumes de 0,5 litre et 1 litre.

repère valeur mon constat
altitude moyenne 2500 m l’air sec aidait peu au réchauffement
nuit la plus froide -2°C la gourde était dure au réveil
volume testé 0,5 litre puis 1 litre le second demandait plus de patience

Je voulais vérifier trois choses très simples. D’abord, si le filtre résistait au gel. Ensuite, si le débit repartait après une décongélation lente dans la tente. Enfin, si le goût et l’odeur restaient supportables après un remplissage dans un oued sableux. Le confort d’usage comptait aussi, parce qu’en bivouac je ne compte jamais sur la patience quand la soif monte.

J’ai appris à refaire le même geste plusieurs fois, dans les mêmes conditions, sinon le chiffre ne veut plus dire grand-chose. Je suis marié, j’ai deux enfants désormais adultes, et j’ai gardé l’habitude de noter vite le soir, comme quand je partais en trek avec eux plus jeunes. J’étais sur de moi au départ, puis je me suis retrouvé à compter chaque remplissage, parce que le terrain casse vite les certitudes.

Quand j’ai compris que ça n’allait pas le faire

Le matin où j’ai retrouvé la gourde gelée, la tente n’était pas encore réchauffée. J’ai laissé l’ensemble au fond du duvet pendant vingt minutes, puis j’ai essayé de filtrer sans forcer, avec les doigts encore engourdis. Ce matin-là, j’ai pressé la gourde comme un citron gelé, et l’eau ne voulait plus passer, comme si le filtre avait pris un coup de froid irréversible. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Avant ce gel, j’avais mesuré 0,82 litre par minute sur une eau claire de source. Après décongélation, je suis tombé à 0,29 litre par minute, soit une chute de la grande majorité sur mon chronomètre. Avec une gourde neuve non gelée, j’obtenais 0,79 litre par minute, et la différence se sentait déjà au premier appui. J’ai aussi noté un goût de plastique neuf et une odeur un peu sèche au premier filet.

Ce qui m’a frappé, c’est le débit irrégulier. J’appuyais plus fort, puis l’eau sortait par à-coups, avec une résistance qui montait d’un coup. J’ai fini par regarder le goulot de près, et j’ai vu un petit voile de sable au bord du bouchon. Le filtre à fibres creuses devait déjà se colmater, parce que le pas de vis portait aussi un dépôt fin.

J’avais laissé la gourde pleine, sans vidanger le filtre avant la nuit, et c’est là que j’ai compris mon erreur. Le froid a pris l’intérieur, puis la fiabilité s’est dégradée d’un coup, comme sur un bouchon mal fermé qui laisse des gouttes sur le filetage et une odeur d’humidité dans le sac. J’ai déjà fait la même bêtise avec un bidon de randonnée resté humide, et j’avais trouvé le lendemain le même blocage. Je me suis dit que je ne recommencerais pas.

Trois semaines plus tard, la surprise entre usage et limites

J’ai noté le débit matin et soir pendant trois semaines, avec 18 remplissages notés au crayon sur le carnet. Sur eau claire, la gourde gardait encore 0,62 litre par minute après la première semaine. Sur eau chargée en limon, elle tombait à 0,31 litre par minute dès la deuxième eau trouble. J’ai vu la fatigue du filtre apparaître après quelques jours, pas d’un coup.

Le soir, je rinçais le filtre à l’eau propre, puis je le laissais sécher à l’air libre pendant la pause du bivouac. Quand je remplissais dans un fond d’oued remué par mes propres pas, le débit chutait immédiatement, et j’ai fini par verser l’eau dans un tissu avant la gourde. Ce petit préfiltrage changeait le geste, parce que le sable fin ne rentrait plus aussi vite dans la cartouche. J’ai aussi remarqué qu’en laissant reposer deux minutes, le fond du récipient gardait un dépôt au lieu de partir dans le filtre.

Sur la langue, j’ai gardé un goût terreux plusieurs fois, même avec une eau claire au départ. Le premier jour, j’ai senti une odeur de plastique neuf, puis elle a reculé après trois rinçages du soir. J’ai été frappé par la différence entre l’eau de surface, propre à l’œil, et la fine poussière beige que je retrouvais au fond du contenant. Ce détail m’a servi de repère, plus que le discours sur la propreté de l’eau.

Un soir, au-dessus de l’oued, le débit était devenu si faible que j’ai fini par lâcher l’affaire. J’ai rallumé le réchaud, j’ai fait bouillir de l’eau dans la popote, et j’ai perdu dix-huit minutes pour un demi-litre. Après trois semaines, la gourde me faisait plus penser à un filtre bouché qu’à une source d’eau claire, et j’ai dû me résoudre à rallumer le réchaud pour ne pas finir déshydraté. La frustration venait moins du risque que du temps perdu au bivouac.

Mon verdict sur l’usage d’une gourde filtrante dans l’Atlas à 2500 mètres

Au total, j’ai retenu une perte de débit moyenne proche de la grande majorité après gel, avec une baisse nette dès la première décongélation lente. Sur l’eau chargée en particules fines, le filtre a tenu correctement pendant 10 jours, puis j’ai senti l’usure au quotidien. Le rinçage du soir et le préfiltrage avec un tissu ont gardé le système plus fluide, mais seulement sur les eaux les plus propres.

Le volume m’a paru trop faible pour cuisiner, surtout quand je devais remplir la popote et garder de quoi boire. Sur un bivouac familial avec mes deux enfants désormais adultes, j’ai vu que la gourde servait à boire, pas à alimenter tout le repas. La lenteur en fin de journée m’a aussi posé problème, parce qu’une soif d’étape n’attend pas qu’on presse doucement un litre. La fragilité au gel reste, pour moi, le vrai point noir, et je n’ai pas trouvé de rattrapage honnête après une nuit froide.

Pour quelqu’un qui accepte de filtrer 0,5 litre à la fois et de rincer chaque soir, j’ai trouvé l’outil cohérent sur eau claire ou ruissellement. Pour un petit groupe, pour un repas qui demande plusieurs litres, ou pour un passage froid comme Tizi n’Tamatert, je ne lui ferais pas porter tout le poids de la logistique eau. Moi, je l’ai gardée comme solution de boisson, pas comme unique réponse. À Tizi n’Tamatert, mon verdict est simple : elle m’a dépanné, puis elle m’a rappelé ses limites.

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