Un links ferme quand le vent dépasse 50 km/h, je l’ignorais avant l’Écosse

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Un links ferme quand le vent dépasse 50 km/h, je l’ai vu au parking de St Andrews Links, avec mes sacs de golf encore dans le coffre et les drapeaux déjà presque à l’horizontale. Le tableau du pro shop affichait « course closed » avant même que je quitte l’allée, et mes 80 € de green fees sont restés là, dans la rafale. J’ai été frappé par ce ciel clair qui ne disait rien du tout. Je suis parti persuadé de jouer, je suis rentré vexé et silencieux.

Je suis arrivé confiant, mais j’ai sous-estimé ce que le vent pouvait faire

Je suis parti pour l’Écosse avec mon épouse et mes deux enfants désormais adultes, pour un stage de golf en famille que nous avions calé depuis des mois. La veille, depuis la fenêtre de l’hôtel, le ciel avait l’air propre et sec, presque banal. Ce métier m’a appris qu’un voyage sportif tient par moments à un détail minuscule, mais ce matin-là je ne regardais que le parcours. J’avais gardé l’image des dunes, pas celle du souffle qui les traverse.

Je n’avais vérifié ni la direction ni la force du vent. J’étais sûr de moi, parce que le soleil tenait bon et que le fairway paraissait tranquille. J’ai été convaincu qu’un links restait jouable tant qu’il ne pleuvait pas, et j’ai laissé cette idée me mener jusqu’au départ. J’avais même glissé un parapluie classique dans le sac, comme un réflexe ridicule. Au premier coup de vent, il s’est retourné et j’ai lâché l’affaire.

Au départ, je me suis retrouvé devant un panneau griffonné « buggies off » sans autre explication. Le starter a regardé l’anémomètre avant de dire que les départs étaient suspendus depuis une heure. Derrière lui, les drapeaux claquaient presque à plat, et le mât rendait ce bruit sec qui coupe la conversation. J’ai compris trop tard que le calme du clubhouse mentait plus que le ciel bleu.

Le pro shop avait déjà appelé deux joueurs devant moi pour leur dire que le parcours n’était pas jouable. Le ton restait calme, presque poli, mais la journée venait de basculer. J’avais réservé ce links comme si la lumière du matin suffisait à décider du jeu. J’ai alors senti, un peu bêtement, que je m’étais trompé dès la réservation.

La fermeture m’a coûté cher, et j’ai senti la frustration monter

La matinée m’a filé entre les doigts, et les 80 € de green fees ont eu le goût d’une mauvaise plaisanterie. À cela s’est ajoutée une marche avec les sacs sur plusieurs trous, puisque les buggies étaient interdits avant la fermeture complète. Mes deux enfants, qui avaient pourtant pris la chose avec légèreté au départ, ont fini par traîner les pieds. La déception s’est installée avec la fatigue, sans bruit.

Sur le terrain, le vent de face faisait gonfler la balle, puis la rejetait court comme un ballon sans nerf. Sur un par 3 exposé, j’ai vu une balle perdre 30 mètres de carry d’un seul coup, et retomber dans une zone morte devant le green. Le sable des bunkers partait en nappe basse, avec des grains sur le visage quand on s’approchait du bord. Même le drapeau semblait protester à chaque rafale.

J’ai tenté de rester calme, puis j’ai voulu forcer deux coups . Mauvaise idée. Plus je levais la balle, plus elle montait sans avancer, et plus le vent la dérobait. J’ai fini par me demander pourquoi j’avais pensé qu’un ciel clair pouvait compenser un vent aussi dur.

Le doute m’a gagné pendant un long moment, et j’ai regardé le départ suivant sans savoir s’il fallait attendre ou repartir. Le terrain restait sec sous les chaussures, mais l’organisation ne voulait pas se battre contre la côte. J’ai même fini par observer le parcours comme un décor fermé au lieu d’un lieu de jeu. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

C’est en observant les drapeaux et les panneaux que j’ai compris ce que j’avais raté

J’ai ouvert la porte du pro shop et j’ai vu le tableau annonçant « closed » alors que le ciel restait clair. Ce contraste m’a frappé plus fort que la rafale elle-même. Les drapeaux, presque horizontaux, disaient la vérité que je n’avais pas su lire au parking. Le vent n’avait rien de spectaculaire, mais il prenait déjà le dessus sur le jeu.

  • les drapeaux couchés, qui claquaient sans arrêt dans la même direction
  • le mot « buggies off » griffonné à la main au départ, sans autre explication
  • le starter qui jetait un œil à l’anémomètre avant d’annoncer la suspension

Je n’avais pas vu non plus l’appel du pro shop qui arrivait au moment où le parcours était encore beau à regarder, mais déjà trop exposé pour jouer sans tension. Ce décalage entre l’image et la réalité du terrain m’a sauté au visage. Depuis mes années comme rédacteur du magazine, je sais qu’un séjour sportif se joue par moments avant le premier swing. Là, j’avais raté le premier signal, puis le deuxième.

J’ai fini par comprendre un autre piège, plus discret. Sur un links, le vent vide le son, et il ne reste presque que le claquement du flagstick et le souffle dans les herbes couchées. Une balle qui porte droit peut devenir une chose molle, presque flottante, avant de tomber beaucoup plus court que prévu. Le bon coup reste alors invisible, et le mauvais prend toute la place.

Ce que cette journée m’a appris, et ce que j’ai retenu à mes dépens

Ce jour-là, je n’avais pas regardé le bulletin de vent côtier avant de réserver un links exposé, seulement la pluie annoncée. Je n’avais pas appelé le club la veille, et le ton du pro shop me l’a prouvé sur place. Le créneau du matin aurait sans doute été plus simple, parce que les rafales de fin de journée ont tout rendu plus brutal. Ce matin-là, j’ai compris qu’un départ tardif pouvait devenir un piège très banal.

J’aurais aimé savoir avant que le ciel bleu ne dit rien sur la jouabilité réelle d’un links. J’aurais aimé savoir aussi que les buggies peuvent être coupés avant la fermeture totale, et que le jeu à pied devient vite pesant sur les dunes. Pour ce genre de cas, le club reste le seul interlocuteur utile, parce que la sécurité du parcours se lit sur place, pas depuis un écran. Moi, je n’avais vu que la lumière.

Cette journée m’a rendu plus attentif aux signaux bêtes, ceux qu’on croit secondaires jusqu’à ce qu’ils fassent tout basculer. J’ai gardé le souvenir du bruit sec du mât, du sable qui me revenait au visage et de la marche au sac dans le vent. Avec mes deux enfants désormais adultes, j’avais voulu partager une belle journée de golf, et j’ai surtout partagé ma propre erreur. J’ai appris à mes dépens que le vent décidait plus que moi.

Pour moi, ce matin-là, accepter de porter mon sac et de voir The Old Course fermer sans drame gardait du relief. Les 80 € avaient déjà disparu dans une rafale, et le tableau « closed » valait plus que le ciel. Je suis rentré avec cette impression sèche, celle d’avoir payé pour une leçon que je n’avais pas demandée. Sur le coup, elle m’a coûté la matinée et une bonne dose d’agacement.

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