Un camp équestre au Portugal m’a réconcilié avec le trot enlevé

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À l’Algarve Equestrian Center, la sangle a grincé quand j’ai posé le pied dans l’étrier, et le sable chaud m’a sauté au nez. De mon côté, j’avais déjà noté les horaires, le nom du centre et le transfert avant même de monter. Je suis parti pour 3 semaines au Portugal avec une idée simple, presque têtue. J’ai été frappé par un détail plus banal que prévu.

Je suis arrivé avec mes vieilles casseroles et mes idées reçues

À 47 ans, marié, avec deux enfants désormais adultes, je me suis retrouvé à refaire les mêmes erreurs que dix ans plus tôt. J’avais déjà fait des stages en France, mais le trot enlevé restait mon point dur. J’ai vite appris à regarder les gestes qui coincent, pas les grandes phrases. Et là, mon buste se bloquait encore au moindre rebond.

J’avais mis 1 240 euros de côté pour ces 21 jours, transport compris, et je comptais chaque repas pris hors du camp. Avec mes journées de rédaction, mes déplacements morcelés et les allers-retours de la maison, je ne pouvais pas m’entraîner tous les jours. Je cherchais un format dense, sans folklore inutile. J’ai hésité avant de réserver, parce que je savais que je n’aurais pas de filet de sécurité à l’arrivée.

Je croyais connaître le trot enlevé. Dans ma tête, tout se jouait dans les mollets et dans le maintien des mains. J’étais sûr de moi sur les mots, moins sur le mouvement. Dès qu’un cheval rebondissait un peu, je serrais les cuisses, je bloquais l’air, et je transformais l’allure en ressort mal réglé.

J’ai choisi le Portugal pour le travail dehors. Les pistes souples m’intéressaient davantage qu’un manège fermé, parce que je voulais sentir un vrai terrain sous le cheval. Les chevaux du centre portaient bien, avec une cadence régulière dès les premières foulées. C’est ce cadre-là qui m’a décidé, pas une promesse de confort facile.

Les premiers jours ont été une succession de petits échecs et de surprises

Le matin, la séance durait 1h30, avec une sortie sur piste en sable souple avant que la chaleur ne monte trop. Le vent apportait une odeur sèche, presque poussiéreuse, mêlée au cuir humide des sangles. Le cheval gardait un trot régulier, presque métronomique, et le sol avalait mieux le geste que je ne l’imaginais. J’entendais le frottement léger de mes bottes, puis ce petit clac de la selle quand je retombais en retard.

Au bout de 24 minutes, mes adducteurs chauffaient déjà, puis les cuisses tremblaient franchement. Je me suis rendu compte que je retenais ma respiration au moment exact où je devais me lever. Quand je serrais les genoux, le bassin se coinçait, et tout devenait heurté. Le cheval, lui, sentait ma raideur et répondait en accélérant d’un demi-ton.

J’ai raté un changement de diagonal en sortie de virage, et là, tout s’est cassé. Mon épaule est partie trop tôt, mon buste a plongé en avant, et mes mains ont pris appui sur la bouche du cheval. Le rebond m’a renvoyé dans la selle avec un bruit sec. Le cheval s’est contracté d’un coup, comme s’il avait compris que je n’étais plus avec lui.

Le lendemain, j’ai fait pire sur une courte descente. Le terrain tapait plus, mes chevilles se sont figées, et l’allure s’est emballée sur 300 mètres. J’ai regardé mes mains, puis mes pieds, et j’ai perdu le fil du mouvement. C’est là que j’ai compris que le trot enlevé dehors me faisait mieux travailler que le manège, parce qu’il m’obligeait à lever les yeux et à suivre devant.

Le premier vrai piège, pour moi, a été de rester assis trop longtemps pour finir le trot. Mon dos se fermait, mes hanches se verrouillaient, et la jument partait un peu plus vite pour sortir de cette gêne. Le second piège, plus bête encore, a été de pousser surtout avec les étriers. Mon buste filait alors vers l’avant, et mes mains se mettaient à tirer au lieu d’accompagner.

Le matin où la respiration a tout déplacé

Un matin, la monitrice m’a arrêté après 5 minutes à peine. Elle a pointé l’épaule extérieure du cheval et m’a dit, d’une voix calme, de souffler avec le trot. Elle répétait le rythme à voix haute, comme un métronome très simple. Je me suis retrouvé à suivre son comptage, sans chercher à forcer le geste.

Le changement a été net quand j’ai cessé de bloquer l’air. Le bassin a cessé de cogner, et la selle ne claquait plus sous moi à chaque retour. Je me suis senti porté par une bascule plus ronde, presque souple, au lieu de sauter d’une marche à l’autre. Le cheval gardait sa cadence, et je n’avais plus cette sensation de lutter contre la montée.

Ce qui m’a surpris, c’est la mécanique toute bête derrière ce geste. Quand je coupais ma respiration, mon tronc se raidissait et le bassin suivait en bloc. Quand je soufflais, les cuisses lâchaient un peu, les épaules descendaient, et le cheval retrouvait une trajectoire plus fluide. Le bon diagonal, je ne le voyais pas vraiment, je le sentais par un minuscule relâchement dans l’épaule extérieure.

Après 2 matinées de suite, la différence devenait visible sur quelques centaines de mètres. J’avais encore des ratés, mais le trot enlevé cessait de me projeter à chaque foulée. Le cheval qui portait bien son dos me donnait une sensation plus ronde, moins verticale. J’ai compris, un peu tard, que le verrou n’était pas dans mes jambes seules, mais dans ma respiration.

La correction la plus utile a duré 10 minutes, pas davantage. Elle m’a montré le diagonal avec le doigt, puis elle a répété le rythme dès que je partais de travers. Ce détail m’a désarmé, parce qu’il n’avait rien de spectaculaire. Pourtant, c’est lui qui a déplacé le reste.

Ce que je garde de ce camp, entre ce que je referais et ce que je ne referais pas

Je suis rentré de l’Algarve avec un trot enlevé moins raide, et avec un plaisir que je n’attendais pas. Le travail dehors, sur des pistes souples, a changé mon rapport à l’allure. Le centre n’a pas réglé mon geste à ma place. Il m’a surtout laissé assez de répétitions pour que le corps comprenne enfin.

Je garde aussi la fatigue dans les cuisses, parce qu’elle faisait partie du lot. Mon budget de 1 240 euros m’a obligé à faire simple, sans ajouter des extras inutiles. J’ai encore serré les genoux les deux premiers jours. Et j’ai encore regardé mes mains une fois de trop quand le cheval accélérait sur terrain dur.

Je n’ai pas refait l’erreur de rester trop longtemps sur le trot quand je sentais le dos se fermer. Je n’ai pas poussé davantage dans les étriers pour croire que ça me tiendrait mieux. Après chaque virage, j’ai vérifié le diagonal plus tôt, parce que le cheval se durcissait aussitôt quand je laissais traîner ce décalage. Quand une douleur au dos ou au genou ne lâche pas, je ne joue pas au devin et je prends rendez-vous avec un médecin.

Après 2 ou 3 matinées au même rythme, j’ai compris que ce camp me convenait surtout pour sa répétition. Si j’avais cherché du confort sans effort, je m’y serais ennuyé. De mon côté, le rythme m’a convenu parce qu’il me laissait le temps de recommencer. Ce n’était pas le même rythme, ni la même patience.

À l’Algarve Equestrian Center, j’ai compris que le détail le plus utile n’était ni le décor ni le cheval, mais le souffle. Je n’ai pas reçu une leçon brillante. J’ai simplement laissé mon corps se détendre un peu, au bon moment, et le trot enlevé est redevenu supportable, puis agréable.

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